©
Joaquim Alves Gaspar
En 1446, les Portugais (Alvaro Fernandes) découvrent l’estuaire du fleuve peuplé par les Baïnuks sur la rive droite et les Floups sur la rive gauche (le terme de Floup désigne les Diola pour les Portugais). Le Vénitien Alvise Da Cada Mosto, au service du Portugal, aurait ensuite baptisé ce pays Kassa Mansa, « Maison du Mansa », alors roi de la zone.
Une autre version attribue l’origine du mot Casamance aux Mandingues puisque le Mansa désigne dans cette langue un roi (aujourd’hui encore) et le Kassa est la zone située entre Oussouye et l’embouchure. Kassa Mansa devient alors « Le Roi du Kassa ».
Pour le vocable « Diola » ou « Joola », ce sont les Mandingues qui les appelleront ainsi, eux même se nommant « Adjamat ». A priori, ce mot viendrait de « joor la », qui signifie en mandingue « celui qui rembourse bien, celui qui n’a pas de dette », ce qui est encore une constante dans la société diola).
C’est le premier fleuve nommé Kawungha par les Floups, que les Portugais à la recherche d’esclaves ont remonté à l’ouest de l’Afrique. Ils s’installent à Ziguinchor en 1645 pour y créer un comptoir commercial.
Les Français prospectent la région de l’estuaire en 1826 et s’installent deux ans après sur l’île de Diogué, à l’entrée du fleuve sur la rive droite, cédée par le Roi Quéniouma. Avec l’autorisation du Roi de Cagnout, ils fondent en 1836 à Carabane, en face de Diogué sur l’autre rive, le premier comptoir commercial Français de Casamance. Le Roi de Cagnout eut très tôt des relations commerciales avec les Français. Ils lui offrirent chéchia, manteau, culotte rouges et un bâton de commandement. Cette tenue est restée celle qu’arborent les Rois du Kassa pendant les cérémonies et les fêtes religieuses.
Les Français s’installent sur la côte Atlantique à Diembering en 1837 et en amont du fleuve construisent la forteresse de Sédhiou. En 1857 les Diolas, très indépendants et non habitués à vivre sous une quelconque autorité, s’insurgent contre les colons Français et attaquent Carabane en 1860. Le capitaine Protêt, fondateur de Dakar la capitale du Sénégal, fut tué d’une flèche empoisonnée à la bataille de Hilol le 9 mars 1860 par les Diolas. Dans le cimetière de Carabane, Protet est enterré selon ses souhaits : debout face au rivage avec deux trous en face des yeux pour guetter l’ennemi. Les trous ont été rebouchés depuis.
Carte
de Carabane en 1890 © BNF
En 1861 les Français, sous le commandement d’Emile Pinet-Laprade (qui laissé son nom au fort de Sédhiou), renforcent leur présence en Casamance, alors appelée Rivières du Sud, qui est rattachée à la Colonie Française depuis le décret du 18 février 1859. Ils poussent les Portugais vers la Guinée et les Anglais vers la Gambie puis s’installent à Ziguinchor en 1888 après la signature d’une convention avec le Portugal, qui fixe aussi les frontières avec la Guinée Portugaise. En fait, la France a « échangé » la ville de Ziguinchor et ses environs que les Portugais ne valorisaient guère contre le Rio Cassini au Nord de la Guinée Conakry que les Portugais ont rattaché au Sud de la Guinée Bissau. En 1889, les Français et les Britanniques signent un traité qui délimite les frontières entre la Gambie et la Casamance.
La France accroît le comptoir commercial de Ziguinchor, la Compagnie Française pour l’Afrique Occidentale s’y implante en 1892, et Ziguinchor devient la capitale administrative de la Casamance en 1904.
L’administration coloniale impose peu à peu la culture de l’arachide au détriment du riz. Les Casamançais, qui n’utilisaient pas d’argent et cultivaient le riz pour se nourrir, sont forcés de cultiver et vendre l’arachide pour s’acquitter de l’impôt perçu uniquement en monnaie.
En 1912 la Casamance est divisée par la Colonie Française en trois régions administratives : Haute, Moyenne et Basse Casamance. La Haute Casamance, le pays Fouladou autour de Kolda, peuplé majoritairement de Peuls. La Moyenne Casamance, autour de Sédhiou, peuplé de Mandingues et de Balantes. La Basse Casamance, de Ziguinchor à l’estuaire du fleuve, le pays des Diolas et des Baïnuks.
Aline Sitoé Diatta
Pendant la seconde guerre mondiale les Diolas menés par une jeune femme, Aline Sitoé Diatta, résistent contre la colonisation, qui réquisitionne de plus en plus le riz et le bétail, en réclamant leurs droits de vivre en paix sur leurs terres, en boycottant la culture de l’arachide et en s’opposant au paiement de l’impôt.
Leurs chefs symboliques sont emprisonnés, comme le Roi de M’Lomp en 1942 et Aline Sitoé Diatta qui est déportée à Tombouctou en 1943. Morte en 1944 pendant son exil en prison Aline Sitoé Diatta est devenue le symbole de la résistance de la Casamance contre toutes autorités étrangères.
Léopold Sédar Senghor
Le Sénégal accède à l’indépendance le 4 Avril 1960. Le gouvernement mis en place par Léopold Sédar Senghor envoie en Casamance des fonctionnaires venus du Nord du pays.
Depuis certains Casamançais, qui ont l’impression de subir une véritable colonisation et d’être exclus de leur terre (la loi du domaine nationale de 1964 attribue toutes les terres à l’Etat qui peut donc les « distribuer » à qui il veut), réclament leur autonomie. Ils contestent la légitimité du pouvoir de Dakar et reprochent aux gouvernements successifs du Sénégal de privilégier le développement des régions du Nord et du Centre au détriment de la Casamance.
Dans les années 73-76 les sécheresses successives conduisent certaines populations du Nord (essentiellement Toucouleurs) qui ont perdu tout leur bétail et leurs richesses à migrer vers une Casamance plus clémente en réorientant leur source de revenu vers la pêche. Les Diolas, qui ont toujours respecté leur environnement (qui garantit leur survie), se trouvent rapidement débordés par des pratiques de surexploitation des ressources locales souvent en toute impunité, ce qui renforce le sentiment d’exclusion. Manifestement, rien n’est fait (encore aujourd’hui) pour diminuer la pression sur ces ressources et actuellement, par exemple, on ne trouve presque plus de crevette en Casamance... Le 26 décembre 1982 a lieu à Ziguinchor une marche pacifiste de quelques centaines de Casamançais qui veulent hisser un drapeau blanc à la gouvernance. Cette date est considérée comme celle du début de la rébellion.
Le naufrage le 26 septembre 2002 au large de la Gambie du bateau "Le Joola", qui assurait la liaison maritime entre Dakar et Ziguinchor, a fait plus de victimes que " Le Titanic " . Environ 2000 morts et seulement 64 rescapés.
Plus de trois années ont été nécessaire pour trouver un nouveau bateau.
Site officiel du Syndicat d'Initiative et du Tourisme de Casamance
© 2010 - Midi Moins Une